Heitor Villa-Lobos

Quinteto instrumental (1957)

Alexandre Tansman

Sonatina da Camera (1952)

Henri Zagwjin

Quintette (1948)

Yvonne Desportes

Evocations, suite de danses (1933)

Paul Le Flem

Clair de Lune, Sous-bois (1959)


Note d’intention

Avec le programme Paris cosmopolite, le Quintette Le Bateau Ivre poursuit son exploration du répertoire original pour sa formation en ouvrant largement sur l’après-guerre.

Au milieu du chantier de la reconstruction, l’espoir d’un renouveau à l’image des “jours heureux” du conseil national de la résistance s’accompagne d’une profonde crise morale. Face à l’horreur absolue de la solution finale et à l'abîme de la bombe atomique, toute une génération d’artistes prône la “table rase”. Lui aussi meurtri par la guerre, le Quintette Instrumental de Paris se reforme sous le nom du Quintette Pierre Jamet et propose une voie originale entre continuité et ouverture pour aller de l’avant. Les musiciens s’entourent de compositeurs et compositrices aux parcours et origines très diverses, qu’unit un lien privilégié avec la capitale française. On trouvera également dans ces œuvres aux traitements contrastés de la tonalité un souci commun d’ancrer la forme dans les traditions classiques. 

On peut y voir le souhait d’accompagner l’auditeur dans cette exploration sonore d’un monde soudain plus vaste, plus que jamais interdépendant et où l’ancienne hiérarchie entre les cultures est à jamais révolue. Autour de ce répertoire, les musiciens du quintette évoquent à travers de nombreux extraits de correspondances les amitiés profondes qui unissaient les artistes, poètes, écrivains et philosophes de l’après-guerre par delà les langues et les frontières. C’est une toile subtile qui rassemble ainsi René Char, Albert Camus, Paul Celan, Raul Gustavo Aguirre. 

Note de programme

Le polonais Tanzman, naturalisé français en 1938, revient de son exil californien dès 1946, tout comme le brésilien Villa-Lobos. Accueilli en 1923 par Paul le Flem alors professeur de la Schola Cantorum, ce dernier renoue avec la France après 15 années au service du régime de Vargas nourries par ses collectages d’ethnomusicologue. Ils offrent respectivement au Quintette Pierre Jamet une Sonatina da Camera en 1952 et un Quinteto Instrumental en 1957.

Paul Le Flem revient en 1959 sur Clair de lune, sous-bois, une œuvre de jeunesse composée en 1910 pour la harpe chromatique de Pleyel, depuis tombée largement en désuétude. En la transcrivant pour quintette instrumental, Paul Le Flem réaffirme la place centrale que cette formation occupe désormais dans la musique de chambre française, ainsi que le refus de laisser l’élégance mélodique du début du siècle disparaître sous les décombres.

Henri Zagwijn, néerlandais autodidacte, est l'ambassadeur dans son pays de l'impressionnisme musical français. Biographe de Debussy et disciple de Rudolf Steiner, il devient président de la société des compositeurs néerlandais dès la fin de la guerre et compose son Quintette en 1948.

Prix de Rome puis professeure au Conservatoire, Yvonne Desportes rejette à la fois l’académisme et les frontières stylistiques dans sa suite de danses. La référence explicite à la musique baroque française rencontre la fascination parisienne pour les “musiques américaines” dans cette œuvre pleine de couleurs et de fantaisie.